C’est à contre cœur qu’il s’en allait bosser, quittant femme, enfants et foyer, pour payer la nourriture, les crédits, le loyer. Il pourrait être moi, il pourrait être vous, cet humain ficelé par le rythme de nos sociétés. Contraint d’avancer, dans un monde peu enclin à l’empathie, celui de cette espèce “évoluée” que l’on nomme humanité.
Sur le chemin de l’usine, sombre même en pleine journée, conséquence de sa façon de penser, il rêvait de champs de fleurs, il voulait vivre d’autres manières, dans un autre milieu, loin des affres de sa vie monotone, métro, boulot, dodo et pour demain on prend les mêmes et on recommence. Il avait cette tendance qu’on certains, à voir plus loin que le lendemain, plus loin que sa propre existence. Cette routine court termiste était alors un supplice lorsqu’enfin arrivé au pied de l’usine il devait à nouveau redescendre de son nuage, se reconnecter à la réalité imaginée par d’autres. Après huit heures passées à assembler des pièces mécaniques, sur des voitures qu’il serait incapable de se payer, les poches remplient d’écrous et de boulons, il s’en retournait vers sa maison, toujours cette même route et son rêve d’évasion.
Pour son plus grand malheur il était conscient qu’il ne savait rien, ou tout du moins bien peu de choses. Ainsi le doute le tenait en échec, osera-t-il un jour sauter le pas ? Rien n’est moins sûr, en observant le monde alentour, il constate que tout le monde coure, chacun tirant la couette vers soi, gagner le plus possible pour consommer le plus possible, tel semble être le secret une vie épanouie. De gadgets en gadgets, de biens en biens, de vacances en vacances, tous semblent satisfait de ce rythme, de ce destin tout tracé, celui où enrichir les plus riches n’est qu’une formalité.
Fort de cette constatation, il continu de faire illusion, souri et embrasse sa femme et ses enfants en rentrant à la maison, cache au plus profond sa frustration.
Plusieurs questions me viennent alors en tête, combien sommes-nous dans cette situation ? Oserons-nous, un jour sauter le pas malgré les peurs et les doutes ? Dans le cas où nous ne pourrions-nous y résoudre, combien de temps peut-on vivre/supporter cela ? L’avenir nous le dira.
Son rêve n’a pourtant rien d’extraordinaire, il rêve d’une vie simple. Une vie loin de la facilité et de la complexité que tant d’humain arborent avec fierté. Il est en effet facile de se laisser porter par le courant, ne pas faire de vagues afin de rester dans la norme établie, de ne pas trop penser et tout aussi facile de complexifier les choses, de les rendre indigestes, incompréhensible, après tout, si peu de personnes les comprennent c’est probablement signe d’intelligence inférieur, voilà ce que se disent les cerveaux enclins à ce second type de schéma cognitif. La simplicité en revanche met l’esprit à rude épreuve, elle sous-tend une réflexion profonde sur tous les actes du quotidien, oblige à prévoir mais surtout à voir avant tout. Elle oblige une analyse de faits, une analyse du monde et plus dur encore une analyse de soi.
Dans mes rêves je souhaite que cette homme-là, arrive à sauter le pas, à vivre sa vie pleinement et non dans le monde d’autres qui le considère comme une ressource de plus à exploiter. Dans mes rêves je souhaite, un jour qui sait, le rejoindre sur cette terre de simplicité, au fond d’un pré et pourquoi pas cultiver un potager.
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